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Thursday, March 1, 2012

Uefa Cup 1977 1978 Bastia Carl Zeiss Iena Both Legs

Quarter Final, First and second leg,
March 1978

  Ce Bastia est plein de paradoxes. Quand il s'est qualifié contre Torino, il n'avait pas encore gagné un seul match de championnat de France a l'extérieur (il gagnera le premier, a Reims, en décembre). Il a été mene trois fois a la marque sur son terrain avant de vaincre. Il a joué ses trois matches-retour a l'extérieur, et les a gagnés. Il a bouleversé toutes les règles établies en marquant 8 buts a l'extérieur et 7 a domicile. Il a aligné a l'aile droite un champion finaliste de la Coupé du Monde (Rep), et a l'aile gauche un gamin qui prépare son baccalauréat (De Zerbi). Il a perdu Petrovic et gagné Weller ; perdu Félix et trouvé l'extraordinaire Krimau. Il lui manquait six titulaires a Turin mais son équipe a impressionné les Italiens par son jeu collectif et sa solidarité. Saint-Etienne ne voulait plus de Larios et Lacuesta, et les deux gaillards ont ressuscité sous le ciel bastiais. Alors, pour expliquer, on cherche, et on n'est pas loin de trouver le sorcier, lequel se défend bien sur d'en ètre un. Pierre Cahuzac a le physique de l'emploi. Une belle téle de boucanier burinée au couteau,, cuite par le soleil. Les anciens des années 50 se souviennent de lui comme d'un demi ardent au combat et humoriste a ses heures. Un jour qu'il venait d'essuyer sa chaussure sur la jambe d'Ujlaki et que celui-ci s'en plaignait, il lui avait répondu : « Tu n'as qu'à mettre des protège-tibias. » 

 Pierre Cahuzac, né a Saint-Pons, en bordure des Cévennes, est venu tard au football professionnel : a vingt-quatre ans. Mais il a joué deux fois en équipe de France, gagné la coupé avec Toulouse et, par un certain concours de circonstances, continue jusqu'à 44 ans, le temps de gagner 4 titres de champion de France amateur avec le Gazélec d'Ajaccio. Car la carrière corse de « Cahu » a commencé il y a maintenant dix-sept ans par une phrase désormais célèbre. Alors que certains joueurs ajacciens se cabraient sous l'autorité de ce « pinzuti » (fransquil-lon), Cahuzac leur avait dit droit dans les yeux : « Furia corse ou non, vous me paraissez tout juste bons a faire peur aux oiseaux. »  Aujourd'hui, cet Occitan est plus corse que les Corses. Quand il veut dire quelque chose de particulier a Papi ou a Orlanducci, il commence par leur lancer : « Sta a sente impocu » (écoute un peu). Quand les invitations pour les matches arrivent du Groupement, il les déchire en disant : « Ils n'ont qu'à payer. » Et quand il quitte le stade de Furiani, c'est pour gagner un village du mème nom, là-haut, près des aigles et du ciel, loin des remous de la ville. Cahuzac passe pour un entraìneur dur alors qu'il est seulement un partisan de la discipline. « Sans discipline, pas question de progresser, dit-il. Ajax et le Bayern, c'était d'abord la discipline. » Un partisan aussi des méthodes éprouvées : « Je donnerai toujours une grande pari a la récupé-ration. Un entraìnement par jour, dur, mais limite a deux heures, me semble suffisant. J'ai 51 ans. J'ai joué jusqu'à 44 parce que je dormais 13 a 14 heures par nuit. Etre professionnel de football, c'est se soucier autant de son effort que de son repos. » Alors, Cahuzac méne son équipage de main de maitre, ramenant les inévitables incidents a leurs proportions dérisoires et donnant a chacun le sens de ses propres responsabilités.

 Quand vient le quart de finale aller contre léna, le club est-allemand, il y a trois mois, dit-on, que Cahuzac n'a pas adressé la parole a Félix, son ex-capitaine. Il ne lui pardonne pas son accident de voiture et aussi de ne pas lui avoir téléphoné pour l'avertir le premier. Il le main-tient sur la touche au profit du jeune Krimau dont l'entente avec Rep est excellente et dont les progrès soni étonnants. Mais Johnny, suspendu par l'U.E.F.A., n'est pas sur le terrain pour accueillir Kurbju-weit et son équipe. Cahuzac a titularisé le gardien breton Hiard, transféré du Stade Rennais trois mois plus tòt, et rappelé Franceschetti qui a eu bien des malheurs jusque-là mais qui vient de faire une excellente rentrée en Coupé de France, a Strasbourg (3-0 pour Bastia). L'equipe est d'ailleurs la mème que celle déplacée en Alsace : Hiard Marchioni, Orlanducci. Guesdon, Cazes Lacuesta, Franceschetti, Papi Larios, Krimau, Mariot. Les Allemands, méfiants et parce que c'est leur habitude, s'appliquent d'entrée a exercer un marquage individue! strict sur leurs adversaires. Mais, dès la quatrième minute, un tir a bonne distance de Larios, sec comme un coup de fouet, met le Sporting sur orbite. Et a la 42e Papi porte le score a 2-0, donnant ainsi a Bastia un avantage substantiel.

 On n'a pas pourtant encore rien vu, Mariot réussissant un extraordinaire troisième but sur coup frane, du pied gauche bien sur (57e) avant que l'Allemand Raab. excellent, ne réduise la marque à 3-1. Cahuzac devine-t-il que cette avance est insuffisante ? Sent-il une baisse de regime de ses attaquants ? Toujours est-il qu'il fait rentrer en mème temps sur le terrain (68e) « Fanfan » Félix et Jean-Marie De Zerbi aux lieux et places de Krimau et Mariot. Aussitót, le match s'accélère. Deux minutes après son arrivée, Félix marque. Huit minutes après, il recidive, sa joie faisant plaisir a voir. De 3-1, la marque est passée a 5-2, Raab ayant encore sévi. Il reste dix minutes a jouer, et l'equipe allemande ne sait plus très bien où elle est. Deux nouveaux buts portent la marque a 7-1 devant les téléspectateurs enthousiastes et éberlués. Les Corses eux-mèmes, dans leurs réves les plus fous, n'imaginaient pas leur équipe si grande et si belle. «Qu'est-ce qui fait gagner Bastia?» devient la question du moment, France-Football suggérant une timide réponse: « Bastia a gardé une fraìcheur. une verve, une générosité un peu paysannes que des clubs saisis par l'industrialisation ont un peu perdues. Il a profité de la progression generale de notre football, mais sans en payer la rancon... Ajoutez la chaleur de la terre et la communion populaire, et cette rencontre spontanee et historique du football et de la personnalité corse. Il est évi-dent que Bastia est un creuset où se fondent les talents, les caractères les plus ombrageux. Nul ne saurait resister a cette épreuve... »

First Leg 
1 March 1978
Stade Furiani,
Bastia
Attendance 12000
Referee : Mr Delcourt .


Le stade Armand Cesari, à Furiani, c'est un peu Fort Alamo ; Davy Crockett, c'est Papi ; les trappeurs, ce sont les Bleus de Bastia. Et cette fois-ci, l'armée mexicaine c'était la cavalerie lourde du Carl Zeiss Iéna. Avec une grande différence dans le scénario : par cette fraîche soirée de mars, ce sont les trappeurs qui ont fait voler en éclat les assaillants adverses. Dès seize heures. les jeunes supporters de Bastia, avaient envahi les vétustes tribunes de la forteresse avec un déploiement irréel de drapeaux, s'époumonant à loisir entre deux nuages de fumée dûs à une cuisson intense de figatelli aux alentours du stade, le tout ponctué par les coups de sirène d'encouragement du conducteur de l'autorail qui déposait régulièrement de nouveaux inconditionnels des lions de Furiani aux portes du paradis.

Une volée de pétards avait accueilli le premier tour de reconnaissance du terrain des Allemands de l'Est qui regardaient d'un œil incrédule ces enceintes d'une autre époque, inquiets cependant du sort qu'avaient subi ici les : Sporting de Lisbonne, Newcastle et Torino. Les propos mesurés d'avant-match de l'entraîneur Hans Meyer étaient là pour en témoigner. Il redoutait le rajeunissement et donc l'inexpérience internationale de ce qu'il appelait son jardin d'enfants. Il aurait aussi souhaité la présence de sa vedette, Vogel, suspendu, pour calmer le jeu. Et lui qui envisageait, avant la rencontre, un possible match nul, reconnaissait, quatre vingt-dix minutes plus tard, la totale supériorité des Bleus de Bastia qui, exploit rarissime à ce stade de la compétition, avaient frappé par sept fois ses poulains. 
  
 

C'est Larios qui avait ouvert le feu d'artifice, puis Papi, Mariot, Félix par deux fois, Cazes et Franceschetti avaient, tour à tour, corsé l'addition. Seul l'avant-centre Raab était parvenu, à deux reprises, à sauter plus haut qu'Orlanducci et Hiard pour réduire un peu un score qui a très certainement retenti comme un coup de tonnerre dans le ciel du football européen. Un match fou, fou qui bascula de façon définitive en faveur des Corses avec l'entrée en jeu de De Zerbi et de Fanfan Félix. Le premier fit tourner la tête de Brauer, le second enfonça Weise et perfora la défense allemande. Car c'est ça le grand secret des Bastiais : pouvoir aligner seize ou dix-sept joueurs de niveau semblable, donnant un autre sens au mot remplaçant. 11 faut dire aussi que la forme affichée ce soir-là par les Corses leur aurait permis de dynamiter n'importe quelle équipe même si le gardien allemand Zimmer n'est pas à l'abri de tout reproche. Dans une équipe à féliciter en bloc on remarqua plus particulièrement Gués-don, libero d'autorité, Cazes, impitoyable sur l'homme et offensif quand il le faut, Lacuesta, peut-être le plus doué techniquement de tous, Papi, à la fois remiseur et marqueur, Larios, technique et physique à la fois et Félix, au jeu de tète redoutablement efficace. 

Dans les vestiaires, paradoxalement, les joueurs de Bastia considéraient que le onze de léna avait été l'adversaire le plus technique et le plus physique de ceux qu'ils avaient rencontrés cette saison en Coupe d'Europe. Larios, qui avait du sortir quelques minutes du jeu, montrait d'ailleurs à qui voulait les traces sur ses jambes de ses affrontements avec Noack puis avec Krause. Tous s'attendaient d'ailleurs à une réaction d'orgueil des hommes de Weise, au match retour qui auraient le cœur d'effacer l'affront de Furiani. Pratiquement assurés de leur qualification pour les demi-finales, c'était peut-être leur match le plus difficile qu'ils auraient à livrer dans quinze jours puisque cette fois-là, ce serait bien plus la manière que le résultat qui serait jugé. Mais ce que le commando corse avait pu réalisera Lisbonne, Newcastle et Turin, pourquoi ne le réussirait-il pas dans cette nouvelle bataille d'Iéna ?


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Quarter Final,
Second Leg Leg 
15 March 1978
Ernst-Abbe-Sportfeld,
Jena
Attendance: 15,000


  Avec cinq buts d'avance. Bastia est évidemment qualifié pour les demi-finales, mais Cahuzac ne veut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tue : « On ne sait jamais, dit-il, les Allemands vont attaquer d'entrée pour se venger. » Le 15 mars, léna attaque en effet, méne 1 -0, 2-1, 3-1 et met l'equipe corse dans ses petits souliers. Sur le banc de touche, Cahuzac se tortille, inquiet. Heureusement, Krimau marque un deuxième but (64e). après celui de Papi (26e). Les Allemands gagnent 4-2, mais sont éliminés. « Ils étaient physiquement plus forts que nous, constate Lacuesta. Nous ressentons actuellement le contrecoup d'un calendrier qui nous impose un match tous les trois jours. » Un peu plus loin Félix le remplapant remue des idées noires, cric a l'injustice : « Pas possible, dit-il. Il veut me tuer à petit feu.» Il, bien sur, c'est le boucanier occitan, le «Pinzuti». Cahuzac, avec son triomphe sur léna, ses sept victoires d'affilée   seul Moenchengladbach a fait mieux dans l'histoire  et toute sa réussite presente a enfilé un manteau d'hermine. Entre Napoléon et lui, on ne voit plus guère la différence.


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Thursday, January 26, 2012

Uefa Cup 1977 1978 Psv Eindhoven Bastia

Final
Second Leg
9 May 1978
Philips Stadion,
Eindhoven

Attendance: 27,000
Referee: Nicolae Rainea
 
 De toute l'histoire du football français, le S.E.C. Bastia est devenu notre troisième représentant à accéder en finale d'une grande compétition européenne. Après le Stade de Reims en 1956 et 59, après Saint-Etienne en 1976 qui se distinguèrent jusqu'à l'ultime rencontre de la Coupe des Clubs Champions, c'est maintenant aux hommes de Cahuzac d'essayer de conquérir un sacre européen qu'aucune équipe française n'est parvenue à obtenir. Une vingtaine de nos clubs ont disputé la Coupe de l'U.E.F.A., le record des participations étant détenu par I.yon (six), devant Marseille et Bordeaux (cinq), puis Nice (quatre). Mais la réussite n'accompagna jamais nos compatriotes : ni les uns ni les autres ne purent franchir l'obstacle des quarts de finale. Pour leur premier galop-U.E.F.A.. les Bastiais réalisent donc un coup de maître qu'il convient de saluer avec enthousiasme, quelle que soit, d'ailleurs, l'issue définitive de leur épopée.

 Le 26 avril à domicile et le 9 mai en terre batave, les Lions de Furiani affronteront donc les Hollandais du P.S.V. Eindhoven, les joueurs de Kees Rijvers étant venus à bout, successivement, de Glenavon (6-2 5-0). Wid/ew Lod/ (5-3/1-0). Brunswich (2-02-1). Magdebourg (0-1,4-2) et Barcelone (3-0/1-3). Un
Barcelone qui fut justement le premier vainqueur de l'épreuve et qui. avec trois trophées acquis en 1958. 60 et 66 reste le grand triomphateur de la compétition. Le P.S.V. Eindhoven est surtout connu en France grâce aux combats sans pitié qui l'opposèrent aux Verts de Saint-Ftienne. en demi-finale 75-76 et en huitième de finale 76-77 de la Coupe d'Europe des Clubs Champions. Jamais les coéquipiers de van der Kuylen n'ont été sacrés en Europe. Les nouveaux Champions de Hollande ont ainsi l'occasion de rejoindre Feyenoord de Rotterdam et Ajax d'Amsterdam au palmarès glorieux des clubs européens : Feyenoord ayant remporté la Coupe des Champions en 1970. la "Coupe U.E.F.A. en 1974. avant que l'Ajax n'établisse son règne en 71, 72 et 73. Mais les Bastiais. n'en doutons pas. vendront chèrement leur peau. Tout est possible. Le Sporting de Lisbonne (3-2/2-1), Newcastle United (2-1,3-1). Torino (2-1/3-2). Cari Zeiss léna (7-22-4) et les Grasshopers de Zurich (2-3/1-0) en ont fait la douloureuse expérience. Pourquoi alors, comme jadis Raymond Kopa contre Reims, les jambes de Johnny Rep ne battraient-elles pas plus vite pour son club que le cœur qu'il a gardé pour son pays ? La fête continuerait dans le football français.


 La finale de la Coupe U.E.F.A., contrairement à celle de la Coupe d'Europe des Clubs et à celle de la Coupe des Vainqueurs de Coupe, a la particularité de se jouer en deux matches aller et retour, sur le thème proposé au cours des cinq tours précédents. Une vieille habitude concédée au temps de la Coupe des Villes de Foires, pour une raison de recettes. L'adversaire des Bastiais est P.S.V. Eindhoven que les Français ont appris à connaître en regardant les quatre séquences 76 et 77 du feuilleton des Verts (1-0, 0-0, 1-0, 0-0). Les jumeaux Van De Kerkhof, René et Willy, le gardien Van Beveren, l'entraîneur Kees Rijvers dit « Bicyclette » sont presque des amis de la famille. On les préférerait un peu grippés afin de leur donner une purge, mais cette mauvaise idée n'empêche pas totalement les sentiments. L'ennui, en ce mois de mai 1978, c'est que P.S.V. n'a pas du tout le teint fripé. Il vient d'être sacré champion de Hollande avant même d'avoir subi sa première défaite. Plusieurs de ses joueurs sont présélectionnés pour la Coupe du Monde. Et tout ce petit monde réchauffé à la chaleur des lampes Philips (c'est la marque internationale qui patronne P.S.V. Eindhoven) rêve de conquérir une coupe européenne pour imiter les deux « Grands » hollandais. Ajax et Feyenoord. Jamais on n'a connu, en Corse, un engouement pareil pour un match de football. Les places, pourtant, valent de 130 à 360 francs, et assureront une recette de 129 millions d'anciens francs. De toute l'île, de tout le continent, les supporters du Sporting sont venus. Mais au-dessus de la montagne, les nuages noirs s'accumulent, promesses de trombes d'eau, disent les bergers. Vers 14 heures, les premières gouttes s'écrasent sur les gradins. A dix-huit heures, le diable bat sa femme dans les grondement de tonnerre et un déluge comme jamais, dit-on, Furiani n'en a vu tombe du ciel. On pense alors que le match sera remis. Vers 20 heures, dans une accalmie, l'arbitre M. Maksimovic s'aventure pour tâter le terrain. Des pinces à vélo tire-bouchonnent ses bas de pantalon. Ses chaussures de ville font une drôle de tête. 11 réclame un ballon. On le lui apporte, il le lance en l'air, tout le monde s'écarte. « Chouette, dit le ballon, je flotte. » Pas de problème, dit l'arbitre, c'est jouable. Jouable, mon œil, dirait Zazie. Cette comédie destinée aux pékins que nous sommes est dorénavant programmée comme du papier à musique. Le rendez-vous avec l'Eurovision, les contrats publicitaires, le calendrier, les voyages de supporters, rendent désormais «jouable» n'importe quel terrain. Rappelez-vous Francfort, lors du Mundial 1974, pour R.F.A.—Pologne!

Dans le vestiaire, les joueurs corses sont eux aussi d'accord pour jouer : « On ne peut pas faire ça, remettre le match, à nos supporters qui ont pris une journée de congé sans solde. Et puis, ce serait peut-être aller contre notre destin. Qui sait si nous n'allons pas marquer trois buts?» Rep et Papi, incertains jusqu'au coup d'envoi, enfilent leur maillots. « Alors, si on gagne le toss, on attaque dos à la mer?» demande Cahuzac à ses joueurs. C'est la coutume. Il ne faut rien négliger. La mer n'est pas dans le dos des Bastiais. Elle est sur le terrain. Dans des conditions dantesques, bientôt statues de boue, les joueurs corses et hollandais poussent le ballon, le perdent, reviennent le chercher sans cesse, au hasard d'une flaque ou d'une plaque de gazon. Toutes les subtilités techniques du jeu bastiais sont noyées tandis que les Hollandais, venus surtout pour défendre, sont terriblement avantagés. our être tout à fait juste, il faut admettre que plusieurs joueurs de Cahuzac n'ont plus leur fraîcheur athlétique des mois passés, à commencer par Papi, le meneur de jeu, qui en a tant et tant fait que ses muscles ne répondent plus qu'en deuxième intention. Et puis, il y a Van Beveren, ce monstre de gardien, qui s'en va boxer tous les ballons volant près de sa cage. Les exploits de Mariot sur l'aile gauche, les efforts de Larios, les jaillissements de Cazes et les relances de Burkhardt, tout cela sombre dans le marais de Furiani en un 0-0 décevant pour les Corses. « Un spectacle terrible », dit Rijvers. « Une première mi-temps remarquable de mes joueurs», ajoute Cahuzac. « Peut-être le meilleur match des Bastiais cette saison», conclut Michel Hidalgo.

 Le 9 mai 1978, date du match retour à Eindhoven, c'est aussi l'anniversaire de la bataille de Ponte Novu qui vit tomber en 1769 les soldats de Pascal Paoli et qui immortalisa la célèbre -tête de Maure, emblème de l'île. « Ce n'est pas fini », assurent les joueurs bastiais', imité par Tino Rossi, stratège optimiste : « 0-0 finalement, c'est peut-être mieux que 1-0. Avec un but d'avance à Eindhoven, Bastia aurait inconsciemment essayé de protéger son avance et comme la défense n'est pas son fort, il aurait couru les mêmes risques qu'à léna et qu'à Zurich. Obligés d'attaquer, comme ils le furent à Lisbonne, à Newcastle, à Turin, nos joueurs sont capables de surprendre les Hollandais.» Ce 9 mai 1978, à Eindhoven, il n'y a pas de surprise. L'équipe bastiaise, physiquement épuisée, s'écroule dans la ligne droite qui pouvait lui offrir le triomphe dont elle rêvait, et qu'assurément elle eût mérité. A la 25e minute, Willy Van De Kerkhof (le demi) fait un « une-deux » avec Poortvliet et trompe Hiard. A la 65e, après deux ou trois atermoiements des défenseurs corses, Deykers reprend le ballon en demi-volée et marque. A la 67e enfin, Van Der Kuylen réussit un petit chef-d'œuvre, tirant d'abord sur la barre transversale et reprenant le ballon pour marquer le troisième but de son équipe. La déception des Bastiais est à l'image de leur grande espérance, et de tous ces exploits accumulés depuis huit mois. « Ils ont pleuré, et je les comprends», révèle Cahuzac en sortant du stade d'Eindhoven, ajoutant : « C'est chez nous, trahis par Furiani, que nous avons perdu la Coupe. » Les Français aussi sont déçus. Ils s'étaient habitués à « prendre le maquis, le maquis de l'âme ». Quand le reprendront-ils?

SEC Bastia : Hiard (puis Weller 75e)- Marchioni, Guesdon, Orlanducci, Cazes - Papi, Lacuesta, Larios – Rep, Krimau, Mariot (puis De Zerbi 58e). Entraineur : Cahuzac
PSV Eindhoven : Van Beveren – Krijgh, Brandts, Van Kraay (puis Deacy 79e), Stevens, – Poortvliet, Van der Kuylen, W. Van de Kerkhof - R. Van de Kerkhof, Deyckers, Lubse. Entraineur : Rijvers






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